> DEPLACEMENTS
Lorsqu’on me remis ma canne, je ne sus si je DEVAIS CRIER MA DOULEUR OU LAISSER EXPLOSER MA JOIE.
Je décidais de lui donner une identité, un surnom : « Bibiche ». Une canne mais une canne blanche, voilà qui change toute la dimension. Le regard de l’autre devient souffrance, et toute maladresse est un appel de détresse. Ne plus se reconnaître dans les gestes les plus naturels, être un automate, avec une attitude gauche et un rythme saccadé. Devenir une saltimbanque de la rue, un clown qui fait rire les enfants, curieux de ce déséquilibre permanent. Un sentiment de fierté m’envahit, de posséder l’outil qui allait devenir le symbole confondu de ma liberté et de mon esclavage : il investit le terrain et devient un regard au ras du sol.
Savoir identifier les obstacles, contourner le spots de fleurs devant le fleuriste, éviter une terrasse de café, deviner une rôtissoire, campée sur quatre pieds au milieu du trottoir, dont le fumet vous interpelle quelques mètres avant l’arrivée précipitée d’un passant !
Le monde de la rue, prévenant et attentif ne mesure ni ma disposition à évaluer les obstacles, ni la perception des indices qui, dans ces moments de recherche, deviennent mes alliés. La peur devant mes hésitations devient prétexte à une assistance toujours bienveillante, mais parfois embarrassante. Le handicap visuel représente un autre mode de fonctionnement qui réunit tous les autres sens au profit d’une découverte de l’environnement sous un angle différent. L’isolement ressenti vient autant du regard porté par l’homme de la rue, que de la difficulté s’intégrer dans un monde inadapté.
La chaleur humaine ET LE SOURIRE, CELUI QUI VIENT DU CŒUR, restent le meilleur relais entre les deux mondes. C’est le soleil qui nous manque dans notre parcours du combattant, et qui vient CARESSER notre amour de la vie.
Mme B. 52 ans